Un modèle économique en béton (ou en chanvre et chaux du terroir ;) )

Un modèle économique en béton (ou en chanvre et chaux du terroir ;) )

Monter un écolieu nous trotte en tête depuis des années et nos questions sont de plus en plus prégnantes : où ? avec qui ? et surtout comment ? Plusieurs options s’offrent à nous, même si on élimine tout de suite celle de « devenir riche par magie et habiter dans un lieu paradisiaque » (même si la question de gagner Koh-Lanta (et donc 100k€) commence à nous trotter sérieusement en tête).

L’option qui correspond le mieux à nos caractères est celle de construire un modèle économique béton, qui nous permette de mener à bien nos activités « sociales » en les équilibrant financièrement par des activités plus rentables.

Comme nous comptons faire partie des exilés du monde urbain, nous regardons ce qui, en zone rurale, peut permettre une diversification des activités. Nous avons identifié :

  • L’accueil touristique (gîtes – gîtes d’étapes – chambres d’hôtes – camping)
  • Les activités touristiques (balades et randonnées à pied, à cheval et à vélo et locations de vélo, etc.) et toutes les variantes (séjours aventures / bien-être / sport / déconnexion, etc.),
  • Les fermes pédagogiques et la médiation animale,
  • La location de salles pour des activités bien-être ou de l’événementiel,
  • La transformation d’un espace en « tiers-lieu »,
  • et bien-sûr les activités purement agricoles (maraîchage, élevage, transformation, etc.)

Pour nous permettre ensuite d’aller dans le concret et de voir ce qui, dans l’idéal, nous conviendrait au mieux, nous avons utilisé le Business Model Canvas.

Le « Business Model Canvas »

L’outil est un tableau qui recense, en un seul coup d’œil, l’ensemble du fonctionnement de notre projet. Il comporte neuf cases qui seront ensuite détaillées dans le business plan.

Pour résumer, nous trouvons au milieu notre « proposition de valeur », ce qui fait notre ADN (si nous étions un restaurant, ce serait notre carte et l’ambiance de l’établissement).

A gauche du tableau, tout ce que nous devrons mettre en œuvre en interne pour y arriver : en gros, la cuisine (avec les équipes, les partenaires et les coûts).

A droite du tableau, tout ce que nous comptons réaliser avec et pour nos clients (toujours si nous étions un restaurant, ce serait l’accueil, la communication, etc.) et tout ce que nous pourrons espérer comme rentrées d’argent.

Comme nous restons fortement « sociaux », notre segment de clientèle est aussi notre segment de bénéficiaires, et ce qui est intéressant, c’est que les clients peuvent financer une partie des couts pour les bénéficiaires (comme l’idée du café suspendu).

Notre business model, qui bouge un peu mais dont la base reste toujours la même : les activités touristiques financent le social.

Concret phase 2 : les chiffres

Le but est d’ensuite trouver l’équilibre qui nous permette de vivre sur la structure et de mener à bien suffisamment d’activités rentables, déjà pour rembourser le crédit et surtout pour trouver du temps et de l’énergie pour les actions plus sociales.

Bertrand, notre trésorier préféré, nous a donc concocté un super tableau qui permet, en modifiant telle ou telle case, de changer automatiquement les résultats et de voir ce qui est rentable ou pas en fonction des charges.

L’intérêt réside dans le fait de pouvoir facilement adapter cet outil à d’autres lieux et de pouvoir interchanger les activités.

Roger (que nous vous avions présenté ici) nous a initié à la comptabilité et nous commençons enfin à comprendre les notions d’ « EBE », de trésorerie, les besoins en fonds de roulement, etc. Toutes ces notions sont fondamentales pour aller dans le concret : nous y reviendrons sans doute dans un autre article.

Concret 3 : les charges horaires

Pour ma part, j’ai commencé un tableau qui recense non pas tous les chiffres mais… toutes les heures à consacrer à telle ou telle activité. Car si sur le papier nous avons toujours envie d’imaginer que nous pouvons tout faire, savoir exactement ce qui est envisageable est bien utile.

Voilà l’exemple, ci-dessous, de l’ensemble des activités équestres que je me vois proposer dans une structure de type tourisme équestre avec en plus 4/5 chevaux en pension. Ce recensement me permet de visualiser que, juste sur des cours et de la pension équestre (sans compter la compta, la communication, la gestion quotidienne), j’arrive à 22 heures par semaine en basse saison et plus de 50 heures en haute saison. Juste pour l’équestre. Et donc si on rajoute l’ensemble de la gestion, la communication, l’accueil touristique, la guinguette, ET les cours aux 3A (dans un premier temps, pour le revenu fixe), moi je burn-out et Bertrand me quitte. Autant éviter de se mettre dans une situation pareille !

Personnellement, ce tableau m’a grandement convaincu de revoir mes ambitions à la baisse et de prendre en considération l’épuisement que je constate dans de nombreuses structures équestres : il est nécessaire de réinventer le modèle et de prévoir le pire pour vivre le meilleur !

Pour conclure (et parce que nous en revenons souvent à la même constatation !) : être réalistes nous permet d’éviter des situations d’épuisement professionnel et de surendettement. Tous ces outils nous invitent également à repenser le projet et de l’adapter à nos attentes : si nous voulons avoir le temps d’accueillir nos invités, il est nécessaire de « prévoir » ce temps et donc de penser un modèle économique qui nous permette de vivre sans nous épuiser. Penser plus petit donc, ou avec plus d’associés, mais ça, c’est une autre histoire 😉


Pour ceux qui souhaiteraient approfondir ces connaissances :

Pour les business model et pour la création de produits et services (les deux sont extrêmement utiles, bien conçus et finalement « assez simples ») :

OSTERWALDER Alexander et PIGNEUR Yves, Business Model Nouvelle Génération, Pearson Education France, Paris, 2011

OSTERWALDER Alexander et PIGNEUR Yves, La méthode Value Proposition Design : Comment créer les produits et les services que veulent vos clients, Pearson Education France, Paris, 2015

Et ma bible pour le l’idée d’efficacité économique par l’ingénuosité de procédés respectueux de l’humain et la planète :

DRUON Emmanuel, Écolonomie, entreprendre sans détruire, Domaine du possible, Actes Sud, 2016


Pour rappel : tous nos documents sont disponibles sur la page : « Nos dossiers et autres documents » avec un mot de passe que nous vous ferons un plaisir de partager sur demande 😉

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